Actualités des vins de Bourgogne
Le Bourgogne boit du petit lait
Article très intéressant paru dans la Gazette de la Côte d'Or (N°81) et signé Xavier Gauthier.
Crise de surproduction dans le Sud-ouest, baisse de la consommation en France, concurrence exacerbée des vins du Nouveau-monde, … la France viticole a mal à ses pieds de vigne.
Quid de la Bourgogne ? Et de son avenir dans un marché planétaire ?
La Bourgogne du vin a le vent en poupe. Sur le premier trimestre 2007, c’est le seul vignoble à progresser - + 10% en volume et + 15% en valeur. La Bourgogne profite à plein du redémarrage des exportations. Sur ses marchés traditionnels, la Bourgogne progresse et bénéficie par ailleurs de l’essor de la culture du vin à travers le monde. Deux pays sont en pointe : les Etats-Unis qui enregistrent la plus forte hausse avec + 24% sont en passe de devenir le premier marché de la Bourgogne devant le Royaume Uni qui réalise, quant à lui, une progression de 18%.
L’export, moteur de
Après plusieurs années de récession, les exportations progressent en 2006 pour la deuxième année consécutive - + 8,5% en volume et +8% en valeur.
Une croissance surtout soutenue par la bonne santé des blancs qui représentent quasiment 74% des volumes vendus à l’international et 63% du chiffre d’affaires.
Ce sont essentiellement les bourgognes génériques, les vins de Chablis et les Mâcon Villages qui ont
Sur le marché hexagonal, la Bourgogne n’est que peu affectée par l’érosion de la consommation de vins où l’on est passé d’une consommation régulière à une consommation occasionnelle.
Ainsi sur les 40 dernières années, la consommation de vins en France a subi de profondes mutations. Au début des années 60, la consommation s’élevait à plus de 46 millions d’hectolitres. Aujourd’hui, la consommation de vin est inférieure à 33 millions d’hectolitres. Dans le même temps, la consommation annuelle par habitant a chuté de près de moitié en passant de
Sur le plan qualitatif, la répartition de la consommation entre les différents types de vin a, elle aussi, profondément évolué. Alors que dans les années 60, les vins d’appellation d’origine ne comptaient que pour 10% du total de la consommation des vins, aujourd’hui, ils représentent la moitié des vins achetés tandis que l’autre moitié se répartit entre vins de table et vins de pays.
La chute de la consommation touche donc en premier lieu les vins d’entrée de gamme (inférieurs à 3 euros) où la Bourgogne est peu présente au profit des vins de milieu de gamme où la Bourgogne avec ses appellations régionales est bien représentée. Entre 2001 et 2006, dans la grande distribution, principal circuit de distribution, la Bourgogne a gagné 3,4 millions de bouteilles (+ 13,5%) alors qu’au cours de cette même période, le marché global du vin a chuté de 6,5 %.
De plus, la Bourgogne jouit d’une forte attractivité touristique qui profite à la vente directe au domaine, désormais deuxième circuit de distribution devant la restauration avec 15 % du total des ventes de Bourgogne.
Le Nouveau-monde à l’affût
Malgré ces bons résultats, la Bourgogne ne peut se reposer sur ses lauriers car l’horizon est loin d’être totalement dégagé. La grande diversité du vignoble, si elle fait le bonheur des oenophiles, pose problème aux néophytes pour qui cette hétérogénéité via le système des AOC est difficile à appréhender. Les vins de Bourgogne pâtissent également de leurs coûts élevés qui limitent ses débouchés à une clientèle plus aisée que la moyenne.
Des difficultés que renforce la vive concurrence accrue des vins du Nouveau-monde. Au point de bouleverser l’ordre établi et de remettre en cause l’approche marketing du vin.
Les producteurs du Nouveau-monde misent sur la visibilité des cépages, des vins faciles à boire et sur l’habillage de
Pierre Naigeon, viticulteur à la fois à Gevrey-Chambertin et en Australie porte un regard original et plutôt iconoclaste sur la Bourgogne. « En Australie, l’approche marketing du vin est de le considérer comme un produit comme un autre. Alors que chez nous, on n’ose pas mettre le nom de cépage sur l’étiquette car on est sûr que le monde entier connaît le Gevrey, le Chambolle, le Morey … On a 1 000 ans de traditions et autant de certitudes ! Mais aujourd’hui, ailleurs dans le monde, on fait de bons vins, on a plus le monopole du bon goût. » La lisibilité des bouteilles fait débat au sein de l’UE, comme le souligne Arnaud Pignol, directeur général du syndicat des négociants de Bourgogne : « Dans le projet de réforme de l’OCM vitivinicole figurent des propositions de libéralisation de l’étiquetage et l’obligation d’y faire figurer la mention de cépage. »
L’offre en provenance de l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Chili et la Californie ne cesse d’augmenter (22% de la production mondiale) et leur part de marché suit une courbe ascendante (25% des échanges mondiaux) grâce notamment à des conditions de culture plus favorables (abondance de soleil), une réglementation moins contraignante et des coûts de production nettement moins élevés.
La fin des AOC ?
Face aux coups de boutoir du Nouveau-monde et en attendant le réveil des pays de l’Est, on peut se demander si le vieux système des AOC n’a pas vécu. D’autant plus que ce dernier ne garantit pas la qualité comme l’a démontré la récente enquête de l’UFC -Que Choisir - qui révèle que le tiers de la production des vins AOC ne mériterait pas l’appellation.
Pour Pierre Naigeon, la cause est entendue : « Pour faire de la qualité, on n’a pas besoin du système des AOC qui est devenu au fil des ans un process de fabrication mais pas de qualité. Peu importe la règlementation si le consommateur valide le vin en l’achetant. Malgré tout, je ne remets pas en cause la notion de terroir. Chacun doit être à sa place. Les vins du Nouveau-monde sont sur les entrées de gamme. Tandis que nous, avec nos terroirs, nous sommes sur un marché de niches qui est le haut de gamme. Il faut donc communiquer là-dessus et expliquer pourquoi nous sommes plus chers. »
Arnaud Pignol, directeur de la fédération des négociants bourguignons se montre plus mesuré : « Ce n’est pas le principe de l’AOC qu’il faut remettre en cause mais son fonctionnement. C’est notamment le but de la réforme en cours sur l’agrément qui, outre le contrôle des conditions de production, vise à renforcer le contrôle de la qualité des vins. Les dégustations seront faites par un organisme indépendant comprenant des dégustateurs de différents horizons spécialement formés. L’agrément retrouvera ainsi toutes ses lettres de noblesse. Quand les médias américains disent que la France contrôle mal sa qualité, c’est un peu facile car eux, ils n’ont ni règle ni contrôle. La solution face à la concurrence du Nouveau-monde passe par une voie médiane qui est d’utiliser en partie leurs techniques marketing mais en s’appuyant sur notre atout qu’est le terroir.
La Bourgogne possède deux éléments d’identification reconnus au niveau mondial : le cépage et
Xavier Gauthier
1milliard d’euros : C’est le chiffre d’affaire annuel du vin de Bourgogne. Cela represente 3% du PIB de la région.
1,481 million d’hectolitres sont produits chaque année pour 200 millions de bouteilles, dont la moitié est vendue à l’export
2,7% : C’est le poids de la Bourgogne dans la production française de vins. Et 0,6% à l’échelle mondiale.
20000 emplois répartis dans 4000 domaines viticoles, 250 maisons de négoce et 23 coopératives.
55% du chiffre d’affaire est réalisé par le négoce





